Cette lettre a été publiée par La Presse le 14 mai 2026

Statistique Canada a récemment publié une série de tableaux sur la pauvreté et les inégalités socioéconomiques pour l’année 2024. Parmi les constats qui s’en dégagent, l’un retient particulièrement notre attention: tandis que certains ménages disposent de revenus suffisants pour satisfaire plusieurs fois leurs besoins en logement, alimentation, habillement, transport et services de communication, d’autres ont des revenus qui ne leur permettent d’en couvrir qu’une portion.

Ces fortes disparités entre les plus riches et les plus pauvres en matière de couverture des besoins de base apparaissent d’autant plus clairement depuis l’ajout, l’an dernier, d’un nouvel indicateur dans l’arsenal statistique de l’organisme fédéral. Appelé coefficient du panier, cet indicateur correspond au ratio entre le revenu disponible des ménages et les seuils de la Mesure du panier de consommation (MPC). Il exprime, pour chacun des déciles de revenu, le nombre moyen de paniers de consommation accessibles.

Mesure du faible revenu 

Les seuils de la MPC indiquent le montant nécessaire – ajusté en fonction de la taille d’un ménage et de son lieu de résidence – pour couvrir un panier de biens et services réputé assurer un « niveau de vie modeste ». En 2024, ces seuils étaient de 24 622 $ pour une personne seule et de 49 244 $ pour une famille de quatre dans la région métropolitaine de Montréal. 

Statistique Canada estime que 626 700 personnes au Québec, soit 7 % de la population, avaient un revenu disponible inférieur à ces seuils. 

Certains groupes sont toutefois plus susceptibles de voir leurs besoins de base non comblés, notamment les personnes vivant seules (19,3 %) et celles vivant dans une famille monoparentale (25,2 %).

Ne pas pouvoir satisfaire pleinement ses besoins de base entraîne des conséquences graves pour les personnes concernées. Réduire la qualité ou la quantité des aliments consommés, vivre dans un logement inadéquat et subir quotidiennement le stress lié au manque d’argent mine la qualité de vie et compromet la santé.

Alors que la Charte des droits et libertés de la personne reconnaît le droit à un niveau de vie décent, et que la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale élève cette lutte au rang « d’impératif national », comment se fait-il qu’il y ait encore plus de 600 000 Québécois∙es dont les besoins de base ne sont pas comblés ? Serait-ce parce que le Québec n’en a tout simplement pas les moyens ? Pas selon les données de Statistique Canada.

Mesure de l’inégalité de revenu

En 2024, le décile supérieur (les 10 % les plus riches) pouvait se procurer l’équivalent de 4,57 paniers, tandis que le décile inférieur (les 10 % les plus pauvres) n’atteignait que 64 % du coût d’un panier. Pour rappel : un revenu inférieur à 75 % de la MPC correspond à une situation de « pauvreté économique extrême » selon la Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté.

Selon Statistique Canada, il manquait environ 4,5 milliards de $ en 2024 pour couvrir l’ensemble des besoins de base des Québécois∙es, une somme représentant 2,5 % du surplus cumulé par les ménages dont le revenu permet de se procurer plusieurs paniers. Les surplus dont disposent les plus fortuné∙es pourraient combler cette part manquante, sans que le niveau de vie de ces personnes en soit véritablement affecté.  

Pour la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le respect du droit à un niveau de vie décent constitue un « prérequis à l’exercice effectif ou réel de tous les droits et libertés de chacun ».

Or, les données démontrent qu’il y a suffisamment de ressources au Québec pour assurer un niveau de vie décent à chacun∙e. Cela indique qu’il est possible d’agir du côté des politiques publiques, d’autant que celles-ci favorisent déjà une meilleure redistribution de ces ressources.

Serge Petitclerc, Collectif pour un Québec sans pauvreté

Nathalie Guay, Observatoire québécois des inégalités

Cosignataires

Janie Houle, Chaire de recherche sur la réduction des inégalités sociales de santé

Léo Berenger, Mouvement ATD Quart Monde

Victoria F. Legault, Aide aux Trans du Québec

Stéphanie Vallée, L’R des centres de femmes du Québec

Catherine Tragnée, Front commun des personnes assistées sociales du Québec

Marie-Ève Brousseau, Coalition Jeunes+ / prévention itinérance jeunesse

Lili Plourde, Fédération québécoise de l’autisme

Julie Robillard, Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec

Caroline Toupin, Réseau québécois de l’action communautaire autonome

Nadia Mohammed-Azizi, Réseau Accorderie

Agathe Thuilliez, Regroupement Québécois des Centres d’Aide et de Lutte aux Agressions à Caractère Sexuel

Maria Paredes, Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

Luc Gosselin, Revenu de base Québec

Véronique Laflamme, Front d’action populaire en réaménagement urbain

Thomas Bastien, Association pour la santé publique du Québec

Annie Poulin, Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec

Jean-Philippe Laperrière, Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain

Cecile Regt, Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec

Sylvain Lafrenière, Regroupement des organismes en défense collective des droits

Elise Bonneville, Collectif petite enfance

Pascale Dufour, Collectif Action Politique et Démocratie, UdM

Marie-Line Audet, Table nationale des corporations de développement communautaire

Alix Ruhlmann, Attac Québec

Sonya Cormier, Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d’œuvre

Pierre Pariseau-Legault, Nadia Giguère et Dr David Barbeau, Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté

Cathy Brown, Réseau de développement régional

Gabrielle Champagne, Ma place au travail

Marie-Michèle Rancourt, Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec

Christopher Zéphyr, Fédération étudiante collégiale du Québec

Florence Dubé, Association québécoise des personnes de petite taille

Mercédez Roberge, Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles

Tommy Théberge, Association des Groupes de Ressources Techniques du Québec

Yanick Noiseaux, Groupe de recherche interuniversitaire et interdisciplinaire sur l’emploi, la pauvreté et la protection sociale

Vincent Chevarie, Au bas de l’échelle

Carole Lévis, Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec

Paul-C. Bérubé, Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec

María José Espejo Rivas, Regroupement Naissances Respectées

Claire Lapointe et Serge Rousseau, Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées

Selma Lavoie, Conseil National des chômeurs et chômeuses

Marianne Pertuiset-Ferland, Association féministe d’éducation et d’action sociale

Cheolki Yoon, Centre des travailleurs et travailleuses immigrants

Normand Landry, Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains

Marc-André Morency, Réseau Patro

Michael Bizzarro, Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi

Amélie Duranleau, Société québécoise de la déficience intellectuelle

Marie-Claude Dufour, Réseau des Centres de ressources périnatales du Québec

Atlantis Puisegur, Outils de paix

Janie Bergeron, Regroupement des organismes ESPACE du Québec

Jennifer Beeman, Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail

Émilie Tremblay, Institut de coopération pour l’éducation des adultes

Julien Baranger, Regroupement des cuisines collectives du Québec

Hamalia Jacques, Association Vox Québec

Ken Monteith, Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida