Cette lettre a été publiée par le Devoir le 09 septembre 2026
À l’aube du scrutin, les partis politiques rivalisent de propositions pour améliorer le quotidien des Québécois. On parle du coût de la vie et de pouvoir d’achat, d’économie, d’immigration, de baisses d’impôts ou d’accès à la propriété. Mais au milieu de toutes ces annonces, une question demeure étonnamment sans réponse : que fera le prochain gouvernement pour lutter contre la pauvreté ?
Cet enjeu ne devrait pas rester en filigrane, oblitéré du discours, quand l’urgence d’agir résonne haut et fort. C’est pourquoi le Collectif pour un Québec sans pauvreté a interpellé, en juin, les 20 formations politiques autorisées en leur demandant de répondre à douze questions.
Malgré une relance de notre part en août, seuls deux des cinq partis représentés à l’Assemblée nationale au moment de la dissolution de la 43e législature ont répondu au questionnaire. L’un d’eux ne s’est toutefois pas prononcé clairement sur plusieurs des questions soumises. Un parti a éludé l’exercice au moyen d’un message évasif, un autre encore a invoqué un manque de temps, tandis que le dernier n’a tout simplement donné aucun signe de vie.
Cela est préoccupant, surtout en contexte électoral, au moment où les promesses pleuvent habituellement de toutes parts et font miroiter un avenir toujours plus beau et prospère. Pourquoi la lutte contre la pauvreté semble-t-elle disparaître du radar dès lors qu’il faut prendre des engagements concrets ? Pour qui sont formulées ces promesses d’un avenir meilleur et qui laisse-t-on de côté ? En évitant de répondre à des questions touchant directement les conditions de vie de personnes en situation de pauvreté, les partis révèlent leurs priorités réelles. Ce silence en dit plus long que bien des discours. L’absence de réponse est aussi une réponse.
Certes, on parle beaucoup du coût de la vie, mais cela ne revient pas à parler de lutte contre la pauvreté. La hausse des prix touche l’ensemble de la population, mais pour les personnes qui vivent dans la pauvreté, le problème est bien plus profond : il relève du respect de la dignité et des droits de la personne. En effet, les ménages les plus pauvres consacrent déjà la majeure partie de leur revenu à leurs besoins essentiels. Une fois le loyer payé, il ne reste souvent que très peu de marge de manœuvre.
À l’heure où les coûts du logement, du transport et de l’alimentation augmentent plus rapidement que l’inflation générale, se serrer davantage la ceinture n’est tout simplement plus une option. C’est la réalité des 626 700 Québécois qui ne disposent pas d’un revenu suffisant pour couvrir leurs besoins essentiels, selon les dernières données de Statistique Canada.
Or, regardons certains des engagements qui occupent actuellement l’espace public : aide financière à l’achat d’une première propriété, remboursement de la TVQ sur les habitations neuves, nouvelles baisses d’impôts, compression des effectifs de la fonction publique et réduction des seuils d’immigration. Ces mesures font peut-être écho aux préoccupations d’une partie de l’électorat, mais que proposent-elles de mieux, ou de nouveau, aux personnes qui peinent à se loger, à se nourrir ou à joindre les deux bouts ? En quoi amélioreront-elles les conditions de vie de celles et ceux qui luttent quotidiennement pour leur survie ?
Pourtant, les pistes de solution sont connues. Le Manifeste pour un Québec sans pauvreté, lancé il y a un an et signé par plus de 1400 organisations, appelle à des actions structurantes : hausser les protections publiques, élargir le Programme de revenu de base, augmenter le salaire minimum, garantir l’accès à des services publics universels et de qualité, reconnaître et mettre en œuvre les droits au logement et à l’alimentation, et rendre la fiscalité plus progressive. Autant de mesures capables de réduire durablement la pauvreté plutôt que d’en atténuer temporairement les effets.
Le Québec s’est déjà doté d’une direction en adoptant à l’unanimité, en 2002, la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Encore faut-il avoir la volonté de la suivre. Aux partis qui sollicitent notre vote, nous leur demandons simplement ceci : où sont vos engagements pour les personnes qui vivent dans la pauvreté ?
Le prochain gouvernement devra montrer que « tendre vers un Québec sans pauvreté » n’est pas qu’un objectif inscrit dans une loi, mais une véritable priorité politique. Nous demandons aux partis qui briguent le pouvoir de prendre des engagements concrets, structurants et à la hauteur de l’ambition que le Québec s’est lui-même donnée il y a maintenant presque 25 ans.
Le discours doit changer. Parlons de pauvreté.
Marie-Ève Brunet, Collectif pour un Québec sans pauvreté
Serge Petitclerc, Collectif pour un Québec sans pauvreté




